Marcus Smart a resigné un contrat cet été avec sa franchise de toujours, les Boston Celtics. Les négociations ont duré un peu plus de temps que prévu mais de nombreuses rumeurs affirmaient que les deux partis souhaitaient poursuivre l’aventure ensemble. D’autres en revanche, pour des raisons financières, recommandaient à Smart de trouver un nouveau pied à terre. Mais lui semble plus qu’à l’aise au sein des Celtics et pense que c’est la meilleure situation qu’il puisse trouver. Quitte à gagner un peu moins d’argent.

Et il a raison.

usa_today_10803774.0


Une espèce rare et difficile à évaluer

 

Marcus Smart est un joueur à part. Un de ces joueurs qu’on ne comprend pas très bien. Un joueur dont on se demande, parfois, pourquoi il est sur le terrain. Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? Pourquoi il prend ce shoot foireux ? Que se passe-t-il dans sa tête ? Du coup on s’interroge. Alors on va regarder ses stats. Et là, cela ne fait que confirmer ce qu’on voit sur le terrain. Des stats moyennes mais sans plus. Un pourcentage aux shoots faible et un ratio « passes décisives – pertes de balles » très moyen pour un combo-guard. Et pourtant on voit parfois Smart agir comme si il était le playmaker de son équipe. Il n’hésite pas à se comporter comme tel et à prendre l’initiative dès qu’il a la balle. Avec une confiance en lui débordante, proche de l’excès. Une confiance démesurée qui pourrait provoquer une frustration énorme chez son coach, ses coéquipiers et les fans des Celtics.

Mais dans les deux dernières minutes, lorsque le match se joue sur une possession, que le meilleur joueur de l’équipe adverse pénètre, joue le un contre un, quelque chose de magique se passe. Tout d’un coup, avant que Lebron James, Russell Westbrook ou autre Kevin Durant montent au panier, un joueur des Celtics se place devant la zone restrictive et provoque le passage en force qui va changer le cours du match. Ce joueur, c’est Marcus Smart.

Smart, c’est cette magie qui peut renverser le cours d’une rencontre. C’est le soldat qui, par le sacrifice de son corps, va insuffler une énergie de tueur à tous ses coéquipiers. Son dévouement à l’unique objectif qui l’intéresse, gagner, montre la voie à ses partenaires. C’est ce joueur qui transcende aussi bien ses coéquipiers, son banc, ses fans, ou même le mec enfoncé bien confortablement dans son canapé devant sa télé. Et c’est surtout le joueur qui fait peur à ses adversaires.

Oubliez l’orgueil mal placé ou la vanité individuelle avec Smart. Peu importe qui score, qui joue bien ou pas, qui produit les stats impressionnantes ou les highlights qui vont défiler sur SportsCenter. Tant que les Celtics gagnent à la fin, c’est tout ce qui compte pour lui.

D’ailleurs Brad Stevens adore le faire rentrer en jeu dans le money-time. Et c’est pour cette raison. Car si Smart manque tous ses 3points, qu’il perd une balle importante, la plupart du temps, il changera quand même le cours du match en votre faveur. Un passage en force, une perte de balle forcée, une faute offensive provoquée (avec un petit coup de coude en cadeau), un rebond offensif ou une claquette, une balle sauvée et rendue à un coéquipier avant qu’elle sorte du terrain… Ce sont toutes ces actions, qui ne rentrent presque jamais dans les stats, que Smart apporte à son équipe. Ces actions qui ne rentrent presque jamais dans les stats mais qui sont indispensables pour gagner. Ces actions qui décident du sort d’un match. C’est pour cela qu’il est craint.

Et Stevens l’a bien compris. Lors des moments décisifs des derniers Playoffs 2018, il n’hésitait pas à faire sortir un joueur au talent offensif largement supérieur pour faire rentrer Smart. Tel un chien de garde, il est toujours à l’affut d’une opportunité. Il n’est jamais le meilleure, le plus important, mais est le maillon essentiel qui vous donne les meilleures chances de gagner dans les dernières minutes.


Un défenseur compétiteur hors pair dans un corps de bulldog

 

Marcus Smart est avant tout un spécialiste de la défense, un arrière costaud et carré qui peut défendre toutes les positions extérieures. Petit mais puissant sur ses appuis, il est dur à passer en un contre un. Il est capable de défendre sur des plus grands que lui avec un certain succès.

Et surtout il adore ça.

Il n’hésitera pas à s’opposer à Lebron James, Kevin Durant, Paul George et consort, avec un certain succès. C’est une tête brulée, un joueur qui adore faire déjouer les meilleurs joueurs adverses. Face à un miss match, il adore flopper, jouer le passage en force ou tenter de voler le ballon par derrière. Il sait de toute manière que face à un Lebron James il ne pourra pas tenir la position bien longtemps. Donc il tente de le déséquilibrer, le mettre mal à l’aise et provoquer une perte de balle avant que l’attaquant atteigne sa zone de confort. Il sait jouer parfaitement les prises à deux, et possède un talent exceptionnel pour surprendre le joueur sur lequel il vient en aide. Il a une science de la défense collective qui lui permet de faire des rotations défensives très efficaces et annuler le décalage qu’avait parvenu à créer l’équipe adverse.

Mais sa qualité première est l’énergie qu’il donne sur chaque possession. Si tout le monde se donne à 100%, Smart sera lui à 150%. La différence est criante. Cet aspect de sa personnalité, son talent d’anticipation, de vision et son intelligence de jeu sont les raisons pour lesquelles il provoque tant d’actions qui changent le cours d’un match. Parfois sans même mettre un panier.


L’héritier du Grindfather

 

Smart est unique dans son genre. Le dernier joueur mémorable dans ce style à avoir eu un aussi gros impact dans la ligue est Tony Allen. Il s’inscrit dans sa lignée. Le Grindfather de Memphis a donné la note du Grit&Grind à tout l’effectif de Memphis pendant plusieurs saisons. Un jeu dur sur l’homme, basé sur la défense et le jeu intérieur qui permettait aux Grizzlies de jouer les yeux dans les yeux avec les meilleures équipes de la ligue sans posséder le même talent. Allen a montré à chacun qu’avec ce genre d’effectif, sans talent offensif exceptionnel, on pouvait réaliser tout de même de grandes choses. Il a transfiguré Conley, Gasol et Zach Randoplh et s’est donné le rôle du parfait coéquipier. Il a montré que la victoire est atteignable face à n’importe qui à condition d’être l’affamé sur le terrain, de s’interdire l’éventualité que c’est l’adversaire qui se jettera par terre en premier pour attraper le ballon. Chez Allen ce n’était pas envisageable.

Smart est son digne successeur. Comme Allen, il joue comme si c’était son dernier match, sa dernière chance. Comme lui, il sait que ce n’est pas son talent individuel qui fera la différence. Alors ils ont tous deux puisé autre chose chez eux. Un autre talent tout aussi rare. Un mental de vainqueur et une intuition défensive exceptionnelle. Smart a tout de même la chance de posséder un peu plus de talent offensif que Allen. Pour le coup le Grindfather était vraiment limité offensivement.

D’ailleurs, la coïncidence fait qu’Allen a, comme Smart, été drafté par Boston. Il a participé au titre des Celtics de 2008 avec Pierce, Garnett et Allen. Si son style de jeu était déjà en bonne voie, il est vraiment devenu une icône de ce style en arrivant à Memphis.


Chouchou de Brad Stevens & de Boston pour encore longtemps?

 

Avec le retour de blessure de Irving et Hayward la saison prochaine, l’effectif à l’extérieur va être surchargé. Aux deux superstars s’ajoutent Rozier en combo-guard et Brown qui peut également jouer arrière. Mais sa re-signature pour 4 ans et 52 millions montre à quel point il est un élément d’une grande valeur aux yeux de Stevens et Ainge. Boston aurait pu décider de le laisser partir, la rotation aurait été encore satisfaisante. D’autant que de nombreux jeunes vont pousser derrière (Dozier, Bird, Wanamaker…).

Il n’aurait probablement pas été d’une aussi grande valeur dans une autre équipe de toute manière. Lui demander de faire plus, mettrait à jour les nombreuses faiblesses de son jeu. Mais correctement intégré dans le système des Celtics, il lui suffit d’être lui-même, sans forcer le scoring, pour être indispensable à la rotation de Brad Stevens.

Si cela n’avait pas été le cas, Danny Ainge n’aurait pas hésité à le laisser partir. C’était sans hésitation qu’il a tradé Thomas, le héros de la campagne 2016-2017 de Boston. Avec Stevens, ils connaissent les éléments dont Boston a besoin pour jouer au meilleur niveau et se donner les chances de remporter le titre. Smart est ce genre de facteur X.

Smart a plein de défauts dans son jeu. Smart n’est pas une star. Mais Smart a une qualité : la gagne, la rage de vaincre. Marcus Smart fait gagner autrement.

Et c’est exactement ce qu’attendent Ainge et Stevens : un joueur prêt à se sacrifier pour gagner.

Clément Guichard



 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s