La métamorphose de Pascal Siakam

Clément Guichard
15 décembre 2018,
temps de lecture : 4min


Siakam est devenu un autre joueur cette saison. Et cela augmente sensiblement le potentiel des Raptors.


Depuis le début de saison, Toronto domine la NBA. Et pour cause. Masai Ujiri, le GM des Raptors a réalisé un des plus beau coups de ces dernières années en récupérant Kawhi Leonard et Danny Green contre Demar Derozan et Jakob Poeltl. Kawhi n’est pas encore revenu à son niveau exceptionnelle de 2016-2017 avec les Spurs mais s’en rapproche de plus en plus chaque match et Green apporte ce qu’il a toujours su produire à San Antonio : une menace létale derrière l’arc et une défense individuelle et collective bien supérieure à la moyenne.
Mais ce magnifique début de saison est aussi dû à un facteur que personne n’avait vu venir : l’explosion de Pascal Siakam.

Entré dans sa 3ème année cette saison, drafté presque anonymement 27ème en 2016 à sa sortie de l’université du Nouveau Mexique, il ne ressemble à présent en rien au joueur qu’il était lors de son arrivé en NBA.

La transformation est telle, qu’on ne peut s’empêcher de se demander si c’est le même homme. D’un intérieur brut, fruste, dôté d’un bon potentiel mais dont on ne sait pas trop à quoi il pourrait ressembler, il est devenu un excellent joueur de complément adapté au basketball moderne, qui peut jouer aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur.

L’élément majeur qui lui a permis de faire évoluer son jeu est le progrès affiché en contrôle et conduite de balle. Là où encore la saison dernière, il se comportait majoritairement comme un intérieur et limitait ses départs en dribble, cette année il s’en donne à cœur joie. Et avec une certaine réussite. On le voit remonter la balle sereinement, attaquer le cercle depuis la ligne à 3 points, se positionner en triple menace, tout cela en gardant un équilibre qui lui offre la possibilité de finir agressivement au panier ou d’user de sa vision du jeu pour faire une passe précise et décisive à un coéquipier à l’intérieur ou derrière l’arc. Son physique (2.06m pour 104kg) élancé lui permet d’atteindre le panier en un ou deux dribbles. Sa vitesse de déplacement, combiné à sa technique balle en main, le rend très compliqué à défendre en un contre un pour la plupart des postes 4 et beaucoup de postes 3.

Stats en carrière de Pascal Siakam calculé sur 100 possessions – glossaire statistiques

Il offre à Toronto la possibilité de diversifier au maximum son attaque. En ajoutant un créateur supplémentaire à l’attaque des Raptors, Leonard et Lowry réduisent leurs temps de possessions et le nombres de drive épuisant qu’ils doivent réaliser pour créer des décalages dans les défenses adverses. Avec Siakam, ils peuvent, sur certaines possessions, se réserver en jouant le simple rôle de finisseurs/scoreurs/shooteurs. Cela favorise également les espaces au sein de la défense adverse. Avec un poste 4 comme Siakam qui peut driver depuis l’arc pour aller au panier ou offrir des caviars à ses coéquipiers tout en shootant à trois points à près de 37%, il est presque impossible de contenir Leonard et Lowry grâce à des prises à deux et des rotations défensives. Cela laisserait des boulevard pour Siakam.

Ce qui le rend irrésistible au sein des Raptors, c’est qu’il est avant tout un joueur collectif, un joueur d’équipe. Il ne compte pas ses stats, ne force jamais son jeu. Au contraire il joue au rythme de l’attaque influée par Lowry et Leonard tout en la fluidifiant. Il connait et a adopté directement son rôle de facilitateur et de couteau suisse des deux côtés du terrain.

Rebonds, contres, défense intense sur la star adverse, tirs extérieurs, jeu au poste bas, jeu de transition, drive & kick, il sait à peu près tout faire à seulement 24 ans.

Pour parfaire ce profil idéal de joueur de complément, sa combinaison avec Ibaka en fait un des duos d’intérieurs les plus versatiles de la NBA. Solides et rugueux en défense, ils ne se laissent jamais marcher sur les pieds et solidifient la défense collective grâce à leur qualité athlétique qui leur donne la capacité de défendre sur des extérieurs à la suite d’un switch après un écran. Ils possèdent tous les deux une très bonne adresse derrière l’arc et à mi-distance ce qui permet d’écarter au maximum la défense et simplifient les drives des coéquipiers vers le panier.

Il a même su développé un mouvement spécial qui a fait sa renommé cette saison : Le spin move. En travaillant ce geste, cher à Tony Parker, il s’est offert de nouveaux boulevards vers le panier. Ses qualités en appui et en équilibre résultent en un spin move rapide, puissant qui déstabilisent très souvent son adversaire. Suite à une pénétration depuis la ligne à trois points, son spin move lui permet de créer un changement de direction rapide et fatale qui déséquilibre son opposant juste avant de monter au panier. Après un travail dos au panier au poste, son spin move lui permet de créer l’espace nécessaire avec son défenseur attitré pour finir par un lay-up ou un petit hook sans être trop gêné.

Si Siakam conserve ce niveau de jeu et confirme, son apport va être plus que bénéfique pour les Raptors quand les Playoffs arriveront et qu’il faudra se confronter face aux tous meilleurs de la ligue. Nicke Nurse, le coach des Raptors va avoir l’embarras du choix pour choisir un défenseur attitré face aux stars adverses : Leonard, Green, Siakam, Ibaka ou encore Anunoby (relégué sur le banc depuis l’explosion de Siakam). Ses différents profils lui permettront de s’adapter à chaque star que Toronto rencontrera sur sa route. C’est une rare chance. De l’autre côté du terrain, Siakam va lui offrir une versatilité que Toronto n’a encore jamais connu avec le cinq Lowry – Green – Leonard – Siakam – Ibaka. Tous ont un tir plus que fiable. Trois d’entre eux peuvent créer pour les autres. Quatre sont d’excellents finisseurs au panier, et Green peut parfois surprendre.

Avec les arrivées de Leonard et Green, Toronto est passé d’un statut d’outsider à un concurrent sérieux au titre final. Toronto possède un cinq de départs équilibré et performant des deux côtés du terrain, supplée par un banc qui, si il est un peu moins efficace que l’année dernière, est toujours un des meilleurs de la ligue, et a gagné en expérience depuis la saison dernière. Mais, il se pourrait que ce soit l’éclosion de Siakam qui soit le facteur différenciant qui va transformer les Raptors en favori pour les Finales à l’est. Qui aurait cru cela au début de la saison ?


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